Don d'une mère à sa belle-fille

Témoignages 3

 

En Mai de l’année 2009 mon fils et ma belle-fille sont rentrés de l’étranger. Ma belle-fille de 32 ans souffre depuis quelques années d’une maladie chronique qui a provoqué une déficience rénale très importante.   

A son arrivée, le diagnostic de son état de santé fait par les spécialistes en immunologie et néphrologie des HUG (qu’elle avait déjà consultés une année plus tôt lors d’un court séjour en Suisse) a été accablant. Son fonctionnement rénal s’était dramatiquement détérioré en une année et n’était plus à son arrivée que de 10%.

Mon fils étant absent pour le service civil pendant juin et juillet, j’ai accompagné moi-même ma belle-fille à divers rendez-vous médicaux. Néphrologue, immunologue, service de dialyse, prises de sangs, diététicienne, séances d’information etc.

Début août, à la veille d’un rendez-vous avec ses médecins spécialisés, nous avons discuté de l’avenir de ma belle-fille. Mon fils s’est dit prêt à lui donner un rein. Chez moi cette idée avait germé depuis juillet, quand je me suis rendu compte de ce que serait la vie pour elle et le poids que cela représenterait pour leur jeune  couple si elle devait subir, quelle que soit sa forme, une dialyse pendant des années, en attendant  de recevoir un rein d’une personne décédée.

Je ne pouvais tout simplement pas m’imaginer ni accepter une telle situation, alors qu’elle commençait juste à goûter à la vie d’une « femme libre». Je lui ai fait part de ma décision : j’étais prête, moi aussi, à lui donner un rein si médicalement c’était possible.

J’ai donc accompagné ma belle-fille et mon fils le 7 août au rendez-vous avec les médecins traitants et nous avons annoncé notre décision : nous étions prêts, mon fils et moi, à lui donner un rein.

Les médecins ont été unanimes et clairs: mon rein serait pris en premier pour une raison très simple. Ma belle-fille, âgée de 32 ans et atteinte d’une maladie chronique, aura besoin d’un autre rein dans 10, 15, 20 ans et alors, à ce moment, je n’entrerai plus du tout en ligne de compte comme donneuse, étant donné que j’avais déjà 63 ans. Mon fils cependant pourrait être le deuxième donneur.

Commencent alors les premiers tests et analyses. Chaque fois qu’un résultat de test est positif, c’est la joie et un rayon de lumière en plus, pour ma belle-fille surtout, mais aussi pour toute la famille. Le résultat de la compatibilité tissulaire est tombé le 28 août. Ca y est, c’est possible…..

La deuxième étape a été de déterminer si mon état de santé était assez bon pour que je sois acceptée comme donneuse. Je n’avais pas de crainte de ce côté, ne me connaissant aucun problème de santé.

Les investigations techniques continuent donc. Elles sont rapides, efficaces et précises. Ce que je ressentais cependant comme insuffisant étaient les informations orales et le suivi humain. Il y avait des rendez-vous pour des tests qui étaient fixés trop proches les uns des autres et les résultats de ce fait auraient pu être erronés. Le questionnaire pour l’anesthésiste que j’avais déposé à l’hôpital 10 jours avant mon rendez-vous  avec celui-ci n’est jamais arrivé à destination…. Ce  genre d’erreur m’a donné un sentiment d’insécurité d’autant plus que je n’ai vu la coordinatrice responsable qu’une fois et ce à ma demande 10 jours avant notre opération.

La consultation chez le professeur qui  allait m’opérer était cependant intéressante,  instructive et pour moi rassurante. Il m’explique le déroulement de l’intervention et me met au courant de « l’après » opération. Il me rend également attentive au fait qu’une telle intervention chirurgicale n’est jamais  sans risque à 100%, mais que, depuis le temps qu’il la pratique, il n’a jamais eu de  problèmes importants. Je quitte la consultation rassurée et confiante.

Mon rendez-vous avec la psychiatre, qui elle aussi m’éclaire et me rend attentive aux questions à bien prendre en considération, me confirme dans ma décision. Si, en juillet, ma décision avait été très spontanée et au point de vue théorique  peu fondée, j’avais par la suite lu et discuté avec les gens de mon entourage d’un grand nombre de problèmes effectifs et éventuels en rapport avec une transplantation. Rien ne pouvait me faire revenir en arrière et l’entretien avec elle m’a encore conforté dans ma décision.

La décision finale est tombée en décembre, c’était OK !

Selon notre choix, l’intervention a eu lieu le 2 février et tout s’est passé dans les meilleures conditions.

Les deux opérations se sont bien déroulées et nous avons, ma belle-fille et moi, bien récupéré. Mon séjour en urologie après l’opération n’a duré que 5 jours, ce que je trouve personnellement un peu trop court. Chez ma belle-fille, mon rein a immédiatement bien fonctionné et dès son retour à la maison, elle s’est sentie en bonne forme. Elle est heureuse d’avoir retrouvé son énergie et par conséquent sa joie de vivre. Jusqu’à présent, mis à part la prise très régulière des médicaments et les contrôles routiniers fréquents en néphrologie, elle n’a aucun inconvénient et se sent en bonne santé.

Quant à moi, le rétablissement s’est fait absolument normalement et après 6 mois (date de ce témoignage), je me sens parfaitement comme avant l’opération. Aucun signe physique, mise à part une fine cicatrice, ne me rappelle jamais mon don de rein.

Très satisfaites du résultat et admiratives  devant l’habileté des chirurgiens, ma belle-fille et moi-même sommes reconnaissantes pour leur bon travail ainsi que les bons soins des équipes soignantes respectives.  

Pour ma part j’espère que cette technique s’étendra avec les années car, tout en présentant évidemment d’éventuels risques et problèmes, le don d’organe d’une personne vivante me semble globalement et pour plusieurs raisons, préférable par rapport à des années de dialyse ou à une transplantation à partir d’un donneur mort. Dans ce sens je suis prête à soutenir et encourager  toute personne qui désirerait faire un don de rein de son vivant. R. M  à M.  faite aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG) le  2 février 2010  

Genève, le 02.08. 2010 , R.M.