Don d'une épouse à son mari

Témoignages 4

 

On a détecté il y a une 20aine d’années, chez mon mari M, un syndrome néphrotique sur hyalinose. Dès lors il a été suivi régulièrement en faisant des contrôles chez son médecin. Nous ne nous préoccupions pas vraiment de ce problème, car il était en pleine forme. Puis un jour, début 2000, M a dû être hospitalisé d’urgence pour une double embolie pulmonaire…  Le premier choc ! A partir de ce moment-là, il a été suivi par le Dr Vogel de l’Hôpital de Monthey, un néphrologue qui nous a mis tout de suite au diapason : « un jour, je ne sais pas quand, je vous grefferai »… Second choc ! Puis, petit à petit, ses fonctions rénales se sont dégradées. En 2005, le médecin a commencé à parler très très sérieusement de cette greffe. Nous étions mis au pied du mur. Lorsque le Dr Vogel m’a demandé si je serais éventuellement donneuse, pas besoin de réflexion…bien évidemment. Selon lui , c’était quasiment d’emblée possible, mon groupe sanguin étant 0+ (donneuse universelle) et celui de M A+.

La santé de mon mari a alors décliné très vite subitement. D’un homme sain, en pleine forme, il est devenu un insuffisant rénal, avec tout ce que cela comporte de désagrément . C’était surtout son extrême fatigue et son manque d’appétit qui me bouleversaient et je me sentais totalement impuissante.

Fin 2005, nous avons débuté la longue série de tests au CHUV à Lausanne pour tous les deux. Cette période a duré trois mois. Pendant lesquels nous n’avions pas de résultats. Nous avons juste eu connaissance du résultat du premier test  (le cross match) indiquant si oui ou non nous étions compatibles… et oui, par chance, nous l’étions ! Première victoire !

Il a fallu ensuite attendre ces trois longs mois pour savoir si, d’une part, M allait pouvoir être greffé et, d’autre part, si moi j’allais pouvoir lui offrir un de mes reins. Cela a été pour moi le « pire » temps de notre aventure. J’avais tellement peur que quelque chose « cloche » ! Je ne pouvais m’empêcher de penser à ce que serait alors notre vie à tous les deux, à la sienne surtout , 3 x par semaine en dialyse, un cauchemar ! Plus naturellement la longue attente d’un organe susceptible d’être greffé.

Et en 2006, le verdict est tombé : tout était en ordre ! Quel soulagement, quelle fête ! L’opération a été prévue pour fin avril 2006. Nous sommes tous deux au CHUV, moi en bonne santé et M tout au bout du rouleau (heureusement, il n’a pas eu besoin de dialyse au préalable).

Cela a été une expérience unique, magique… Nos deux opérations ont parfaitement réussi. Je suis restée une semaine à l’hôpital, tandis que M, lui, y restait 10 jours. Il y a eu quelques mois d’angoisse. Le réglage de la prise de médicaments, le souci d’un rejet…

Mais, au bout d’une année, tout était rentré dans l’ordre. M a retrouvé sa santé « d’avant ». Il est en grande forme, il a repris son travail à 100% et il déborde d’énergie. Sans la grande cicatrice qui lui barre le ventre et la prise, matin et soir, à heures fixes de médicaments, on y verrait que du feu. Et moi, je suis restée la même. Mon rein restant a repris le boulot ! Il fonctionne à merveille. Je ne prends aucun médicament  et n’ai à aucun moment souffert d’hypertension !

C’était vraiment une belle expérience…

Avril 2010,  M.J.