Don à un collègue de travail

Témoignages 8

 

Je ne suis pas croyant, du moins au sens chrétien du terme. Néanmoins, je crois qu’il existe des Forces Supérieures qui parfois donnent un coup de pouce au destin. De plus, je crois que c’est à l’individu ou au groupe ou à l’humanité à entreprendre les actions qui vont influencer  son avenir. Je ne crois pas au miracle qui arrive tout seul ; il faut aussi parfois donner un coup de pouce au destin.

Ma fiche signalétique est tout à fait conventionnelle : né en 1957, j’avais 50 ans lors de l’intervention ; marié, 2 enfants (25 et 22 ans l’année du don) ; ingénieur informatique dans une grande société multinationale ; excellente santé.

Pourquoi un don: J’ai un collègue de travail, avec qui je me suis lié d’amitié depuis de nombreuses années, qui est (était depuis très récemment ) diabétique depuis son adolescence. J., puisque c’est de lui qu’ il s’agit, a toujours tenu ses collègues au courant de sa maladie.  Malheureusement, fin 2006, ses reins étant devenus presque inopérants, le diagnostic est tombé : il devait subir des dialyses.

M’ayant informé de cette évolution et ayant quelques connaissances médicales de base, spontanément, je lui ai proposé l’alternative possible du don d’organe. Cela peut sembler « étrange » ou « généreux » au-delà du « raisonnable » de ma part de faire cette proposition à un « simple » ami, mais je me sentais concerné par sa maladie et, par mon geste, pouvais contribuer à réduire le handicap d’être malade par rapport à quelqu’un en bonne santé. Petit coup de pouce personnel au destin.  Je sentais qu’une petite prise de risque de mon côté pourrait avoir de grandes conséquences positives de son côté. La question que je ne devais pas occulter de mon côté était de soupeser cette prise de risque et de savoir si je pourrais vivre avec.

J, dans un premier temps, a refusé, mais heureusement, après mûres réflexions, les discussions qui ont suivi avec le corps médical, lui ont permis  de se positionner différemment et de finalement accepter l’offre que je lui faisais.

De mon côté, j’ai commencé à me poser beaucoup de questions, non seulement du point de vue de l’opération en elle-même et des conséquences possibles sur ma santé, mais aussi sur la dimension psychologique de cet acte. Les discussions qui eurent lieu entre ma femme et moi me furent très utiles pour clarifier cette question  et servir à me positionner psychologiquement  face à ce risque.

Un mois après avoir fait ma proposition à mon ami, j’étais clair avec moi-même.  Malheureusement, les différents examens, au demeurant absolument nécessaires afin de vérifier si la transplantation pouvait avoir lieu, prirent beaucoup plus de temps que prévu (ou ce que j’avais espéré initialement). De plus, J connaissait à ce moment-là quelques soucis liés à une plaie qui ne voulait pas cicatriser et à ses dialyses.

Finalement, le feu vert nous a été donné et l’opération planifiée pour mi-septembre 2007 au CHUV (Centre de transplantation d’organes de Lausanne).

Travaillant dans la même société, J et moi avions de suite  pris la décision de mettre nos responsables au courant de notre projet. Nous avons eu immédiatement le soutien total de leur part, notre santé devait passer avant toutes autres considérations professionnelles. Je tiens ici à les remercier de leur appui tout au long de cette démarche.

Je tiens aussi à exprimer ma gratitude à toutes les équipes médicales et membres du personnel soignant qui sont intervenus dans ce processus. Tout au long du parcours, il ne fait aucun doute  que ce sont des professionnels en qui j’avais entièrement confiance, confiance qui est absolument indispensable. S’ils avaient donné leur accord, c’est que je pouvais parfaitement subir cette opération et vivre avec un seul rein.

L’opération en elle-même s’est déroulée sans histoire. J et moi avons été placés dans la même chambre le jour précédent et cela nous a permis d’échanger nos impressions et sentiments. Je suis resté cinq jours alité, avec des douleurs et gênes durant les premiers jours, probablement liées à un mal de dos chronique et un matelas un peu trop dur. Mon ami était lui en bien meilleure forme que moi et cela m’a réjoui. La transplantation fut un succès total. Trois semaines de convalescence à la maison me furent nécessaires pour me remettre d’aplomb avant de recommencer mon activité professionnelle normale.

La convalescence de J a été un peu plus longue car, après l’opération, un suivi médical continu était nécessaire. Mais trois mois plus tard, il était de retour au bureau.

Aujourd’hui, je vis exactement comme avant, sans séquelle aucune. Je continue à faire du sport régulièrement et je n’ai pas noté de différences dans mes performances  (même si je fais du sport pour mon plaisir).

J, quant à lui, a retrouvé une nouvelle santé (les dialyses qui sont très éprouvantes pour l’organisme ont disparu après l’opération) et tous mes collègues sont d’accord pour reconnaître cette amélioration. Cette année (en 2010), J a encore reçu un petit coup de pouce positif du destin : il a pu bénéficier d’une transplantation du pancréas. Suite à cette opération réussie, il n’est plus diabétique. Ceci me réconforte dans l’idée que des actions positives entraînent d’autres actions positives.

E.B., Juillet 2010