Don d'une amie à son compagnon

Témoignages 6

 

En 1994, après une séparation et un divorce très problématiques, j’ai eu la chance de trouver du réconfort auprès d’un collègue de travail que je côtoyais sans équivoque depuis 1981.

Au fil du temps, P est devenu mon compagnon,  notre relation amoureuse s’est consolidée et nous ne nous sommes plus quittés, nous nous entendions bien et tout allait pour le mieux.

Maman de trois grands enfants, deux filles et un garçon, avec P, nous avons décidé de garder chacun notre appartement jusqu’à ce que mes enfants soient totalement autonomes.

En 2000, nous avons emménagé ensemble dans un confortable appartement. Or quelque temps après, P, lors d’une visite chez son médecin, a appris que le diabète dont il souffrait depuis quelques années avait sournoisement détruit sa fonction rénale.

Alors commença la galère des dialyses, trois après-midi par semaine, le régime très strict, le mal être, les douleurs, les vomissements etc…

Parce que, soyons lucides et honnêtes, si les dialyses permettent de survivre, l’existence devient vite compliquée et pesante, plus de vie sociale, une énorme fatigue, plus de goût à la vie et j’en passe !

Ayant eu connaissance à ce moment-là de la greffe de rein, je pose la question à mon médecin généraliste qui me décourage très vite en me disant que le pourcentage de compatibilité entre personnes qui ne sont pas de la même famille est très faible! (ce qui  avec le temps s’est avéré complètement faux).

Je me renseigne alors auprès du néphrologue de P qui me procure tous les éclaircissements nécessaires et me remet la brochure « le don du rein ».

Après avoir pris connaissance de ces informations, je me sens de plus en plus déterminée à envisager de donner un de mes reins à mon compagnon, pour autant que cela soit possible, bien sûr.

J’en parle alors avec mes enfants, je leur donne les explications nécessaires et ils sont tout à fait d’accord avec moi.

P lui est d’abord réticent, mais j’arrive à le convaincre et je décide d’aller de l’avant avec le soutien du néphrologue qui nous envoie aux HUG à Genève.

Nous sommes reçus par la coordinatrice de transplantation et plusieurs professeurs qui nous expliquent avec beaucoup de disponibilité, d’humanité et de gentillesse, le déroulement des différentes étapes à parcourir.

Après les différents bilans, examens, tests, LA BONNE NOUVELLE arrive enfin, la compatibilité est bonne, l’opération peut avoir lieu, c’est déjà un grand soulagement!

L’intervention est prévue pour le 22 juin 2001, nous arrivons donc à l’hôpital la veille confiants et sereins, car pris en charge par une formidable équipe médicale.

Le soir vers 20h00, c’est le coup de massue : la coordinatrice de transplantation et le néphrologue viennent me dire qu’il y a un problème. Mes filles ont appelé l’hôpital pour dire qu’elles ne sont  plus d’accord pour l’opération.

De ce fait, P refuse aussitôt l’intervention ; quant à moi, si je suis bien sûr ébranlée par ce revirement brutal et même si j’adore mes enfants, je conserve ma détermination et l’opération se déroule tout de même le lendemain.

Tout se passe très bien et c’est aussitôt la renaissance de P, sa vie est transformée. Après une semaine d’hôpital, nous rentrons à la maison et après une courte convalescence, nous pouvons reprendre le travail.  

Fort heureusement, après quelque temps, les relations avec mes filles se sont rétablies.

Cela fait donc 9 ans que nous vivons normalement, mis à part quelques impondérables liés aux médicaments et au diabète. Pouvoir profiter au maximum de chaque jour qui passe est une chance inestimable.

Je n’ai jamais regretté une seule seconde d’avoir fait le choix de donner un rein et aujourd’hui je le referais sans hésiter.

Juin 2010, M.C.

Donneuse : M.C., 57 ans, Receveur :  P, 54 ans, son compagnon, Intervention effectuée aux HUG le 22 juin 2001