Don d'une amie à une amie

Témoignages 7

 

Il y 4 ans, j’ai fait don d’un de mes reins à une amie. Elle avait 51 ans. Quant à moi, j’étais âgée de 49 ans.

J’ai fait sa connaissance dans le cadre de l’école. En effet, nos filles étaient dans la même classe. A cette époque, j’étais à la recherche d’une maman de jour pour ma fille et par le biais d’une amie commune nous avons sympathisé.

C’est lors de cette rencontre que j’ai appris qu’elle était en insuffisance rénale et qu’elle avait subi une opération des yeux liée à sa maladie. Sa maladie nous a beaucoup rapprochées. Ni dialyse ou greffe rénale n’étaient envisagées. Le besoin s’est fait ressentir quelques années plus tard quand son état de santé s’est dégradé.

De nature discrète et timide, elle ne m’a pas tenu au courant de ses soucis de santé. Mais comme nous avions l’habitude de nous voir de temps en temps, vu que nous habitons la même commune, c’est lors d’une de ses visites chez moi en été 2005, que j’ai appris la gravité de son état de santé et le besoin d’une greffe rénale. Elle m’a fait savoir qu’elle n’était pas encore sur liste d’attente, mais que la dialyse était sa seule chance de survie.

Parents décédés et fille unique, aucune possibilité de donneur vivant du côté familial. Alors je voulais en savoir plus au sujet du don en tant que donneur vivant. C’est pourquoi, je l’ai accompagnée à une consultation la semaine suivante chez son néphrologue. J’ai pu ainsi poser toutes les questions concernant les critères de compatibilité et les risques que comporte l’intervention chirurgicale.

En sortant de la consultation, j’ai su que mon groupe sanguin était le même que le sien. Avant de lui proposer un de mes reins, j’ai tenu à en discuter en famille.

Je n’ai rencontré aucun avis défavorable en ce qui concerne ma fille, mes parents et mon ami. Au contraire, ma fille m’a beaucoup encouragée à le faire, même si elle savait qu’en donnant un de mes reins, je la privais elle de ce cadeau-là. La seule personne que je n’ai pas mise au courant était ma sœur. La personne la plus difficile à convaincre.

Ma sœur, qui aujourd’hui est décédée, était une greffée du cœur depuis 19 ans. Elle a beaucoup souffert de son nouveau cœur et de sa nouvelle identité liée à la greffe. Au delà de ça, j’ai découvert le courage d'une femme qui n'a pas voulu se laisser submerger par la maladie et qui a cru avec une force incroyable à la vie. Cette renaissance lui a permis de voir grandir son fils et de faire de sa vie une réussite. A la clé, un mariage et une reconversion professionnelle dans la réflexologie et la naturopathie. Un vrai cadeau de la vie.

Pour avoir partagé tant d’années les joies et les souffrances avec elle, je n’oublierai jamais que c’était grâce à la générosité d’une famille dans le chagrin d’avoir perdu un être cher, que j’ai pu apprécier toutes ces années passées en sa compagnie. Qui mieux que moi pouvait comprendre les craintes de mon amie face à une future greffe rénale. Enfin, j’avais la possibilité de sauver la vie de quelqu’un sans avoir à mourir pour donner une part de moi. Raison pour laquelle, je n’ai pas hésité quand l’opportunité s’est présentée.

Après quelques mois de réflexion, j’ai informé mon amie de ma décision de lui donner un de mes reins, mais que ce n’était pas partie gagnée, car il a fallu passer de nombreux examens médicaux, afin de s'assurer de ma bonne santé pour que le prélèvement soit réalisé dans des conditions optimales.

J'ai été prise en charge par une équipe formidable, au CHUV à Lausanne. Ces personnes de la coordination sont merveilleuses, toujours à l’écoute, à répondre à toutes les questions que je me suis posées avant et après l’opération. Les examens n’ont pas été douloureux en ce qui me concerne. Le plus difficile pour moi, a été d'attendre le résultat du premier test sanguin.

Lorsque le résultat est arrivé, je savais que le reste irait bien. Et ensuite le miracle tant attendu s'est produit. Le jour de greffe a été décidé le 28 mars 2006 au CHUV. Enfin, mon amie allait bénéficier d'un nouveau rein.

Le prélèvement et la greffe se sont très bien passés. Je n'ai pas eu de douleurs post- opératoires et le lendemain de l'intervention, j'ai pu me lever et aller dans la chambre de mon amie. Quel bonheur, quelle joie, de voir ce rein déjà au travail.

Aujourd’hui cela fait 4 ans que mon amie est greffée. Je vois la vie dans ses yeux. Elle peut enfin envisager un présent et un futur. Elle m’a dit un jour que lorsqu’on est greffé, on ne pense pas tous les jours qu’on a un rein « étranger » dans le ventre, mais quand on y pense, on a l’impression que c’est comme un œuf que l’on couve. Il n’existe pas de mots pour décrire cette expérience qui transforme une vie. Tant pour le donneur que pour  le receveur.

Comment fait-on pour supporter et passer outre tous les soucis qu'une dialyse ou une greffe entraîne, c'est difficile à dire. Je tenais à vous apporter mon témoignage pour faire prendre conscience aux autres, ceux qui ne sont pas touchés directement par le problème, que le don d'organe en tant que donneur vivant est un acte d'amour, d'une vie deux fois offerte et vaillamment reconstruite. Un message d'espoir pour tous les malades, une invitation au partage pour tous les bien portants.

Oron-la-Ville, le 14 juin 2010, E.S.